BilletBitcoin et CryptomonnaiePsychologie financière

Isaac Newton et l’attrait du BITCOIN

FINVESTORE présente un texte d'opinion de Philippe Grégoire, professeur agrégé au Département de finance, assurance et immobilier, Faculté des sciences de l’administration de l'Université Laval.

La folie des masses n'a rien de nouveau en finance

« Je peux calculer les mouvements des astres mais la folie des masses m’échappe. » Ainsi s’exprimait Isaac Newton (1643-1727), un des plus brillants mathématiciens que la Terre eût enfanté, après avoir perdu des sommes considérables sur les marchés financiers en 1720.

À l’époque, la découverte des Amériques, avec son lot d’or, d’argent et autres minéraux, battait son plein et attirait nombre d’investisseurs et spéculateurs. L’année 1720 fut le théâtre d’une bulle boursière qui, comme toutes les autres avant et après elle, réunissait les trois ingrédients lui permettant de mousser, nommément une période de croissance économique soutenue depuis un certain temps (la découverte des Amériques), la création de nouveaux produits financiers (la monnaie papier ainsi que l’apparition des sociétés par actions) et une réglementation facilitante.

L’homme résiste difficilement à l’appât du gain, même les plus rationnels et les plus intelligents d’entre nous. Le marché financier est une machine qui crée des richesses, les détruit, le re-crée, les re-détruit, et ainsi de suite dans l’éternel. Face à ce monstre, l’homme s’imagine souvent comme David devant Goliath, croyant alors en ses chances d’envoyer la pierre exactement au bon endroit.

En 1720, Sir Isaac Newton vivait confortablement en tant que Maître de la monnaie royale britannique. En février de cette même année il investit environ 3500 livres Sterling dans des actions de la South Sea Company, pour en retirer, très heureux, 7000 livres quelques mois plus tard (un rendement de 100%). Voyant que d’autres continuaient à s’enrichir alors que lui-même avait quitté le navire, il sauta à nouveau dans le bateau mais, cette fois-ci, avec un montant beaucoup plus élevé. Mal lui en prit car la bulle implosa quelques temps plus tard et Newton perdit environ 20 000 livres Sterling, un montant équivalent à trois millions de dollars en date d’aujourd’hui. L’auteur de la formule F = MA (Force = Masse × Accélération) venait alors de passer sous le rouleau compresseur de la FMA (folie des masses).

Ce genre de scénario finit toujours par se répéter. Aujourd’hui, c’est le Bitcoin. Jusqu’où va-t-il monter? Devrait-on en acheter? Pourquoi ne pas en avoir acheté plus tôt? Le Bitcoin d’aujourd’hui, c’est la South Sea Company de 1720, explorant un territoire nouveau, celui de la technologie et de la Blockchain, et suscitant les passions. Généralement, la règle d’or en placement est d’investir dans ce qu’on connaît. Vous ne comprenez rien au Bitcoin? Tenez-vous loin. Vous regrettez de ne pas en avoir acheté alors qu’il valait 4000 $? Dites-vous que celui qui en a acheté un à 4000 $ regrette encore plus que vous de ne pas en avoir acheté dix, celui qui en a acheté dix regrette encore plus de ne pas en avoir acheté cent, et ainsi de suite dans l’éternel. Ce regret, allez le déposer dans un souvenir quelconque comme, par exemple, ce que vous avez mangé pour souper il y a deux semaines, et laissez-le s’effacer.

Philippe Grégoire, CFA

Professeur Titulaire de la Chaire d'assurance et de services financiers L'Industrielle-Alliance.


Abonne toi à notre infolettre et reçois des offres récompenses
pour économiser, épargner et gérer mieux tes finances.

Nous serions heureux d'entendre vos pensées

Publier un commentaire

Réinitialiser le mot de passe
Comparez-les
  • Total (0)
Comparer
0
preloader